La société est figée. Tous les chroniqueurs, de tous bords, s’accordent
à hurler avec les loups. La rigidité imposée par les circonstances
amènes les plus grands déconneurs de la planète a se gausser
ouvertement de la fermeture des lois du marché. Au grand
dam des petites gens, l’extravagance des plus avantagés
finit par faire rire les plus démunis. Les larmes désabusées
des citoyens abusés coulent à flot. Dans le même
temps, les éclats de rire se répandent impunément dans
toutes les cantines, estaminets, restaurants et lieux de débauche qui
font le charme discret de la plupart des communes de France.
À l’étranger, les commentateurs se fendent la tronche et le
coquillard en relisant les grands ouvrages philosophiques qui permirent
à un pays réputé pour sa cuisine intérieure d’être la nation
émancipatrice de l’humanité toute entière. Les plus abominables
chansonniers s’écroulent de rire imitant le célèbre accent de Maurice
Chevalier dont les anglicismes n’eurent comme concurrence
directe que l’extrême conscience anglo-saxonne d’Yves Montand
chantant en duo avec Édith Piaf une ode à Joséphine Baker dont la
traduction faite par Line Renaud donna, selon la légende, à Georges
Brassens des frissons fatals que Barbara ne put expliquer, ni légitimer,
face à la désolation inévitable et visible d’André Malraux et de
Jacques Lang, lesquels, pour une fois ne se faisaient pas la gueule,
tant Françoise Sagan eut le talent de leur faire reconnaître que Léo
Férré était le seul anarchiste capable de traduire Pierre Dac, Francis
Blanche, San Antonio, Coluche et Pierre Desproges en Swahili.
Le Swawilhi c’est le langage de Zanzibar. Là, les gens mal barrés
regardent le Kilimandjaro, ses neiges éternelles, écoutent Pascal
Danel et pleurent de rire quand St Ex revient en vacances avec le
petit prince au club med du coin. À cet instant ils interpellent en
toute amitié les autochtones du cru. " Soit il lit ", " soit il écrit " Dessine
moi un mouton lui répond un Massaî. Destine-moi un mouton
reprend un Somalien atterri là au gré des vents qui font jongler la
voile des féoules avec les éléments.
Ouf !
Le monde est Ouf, complètement Ouf. Keith est stone, le monde
aussi.
Figé au Fidji en haut d’un cocotier, sa chute l’élève. Son cerveau
meurtri est réparé. J’ai toujours su qu’il avait une cervelle. La tournée
se déplace. Les stars aussi.
Certes les impertinents s’interrogeront pour l’éternité afin de savoir
pourquoi Keith Richard voulait changer ses dates en haut d’un cocotier.
Il n’en demeure pas moins que le laid de coco est beau.
Cette histoire me donne la banane. Jacques Chirac dont la pêche
étonne ceux qui le prennent pour une poire me ravit. Pas pour mes
radis. Simplement parce que les Stones, toujours en avance sur leur
temps, le restent.
C’est drôle, au moment ou la nomenclature tombe de haut, Keith
en fait autant. Plus vite.
Pas mal vu Coco !
Coco ?
Auguste Fradin